Erika Blu

Qui est Erika Blu ? La cheffe italienne qui cuisinait l’été dernier chez Jogging, toujours prête à prendre sa guitare pour nous amener ailleurs et nous rappeler que la cuisine est une excuse pour faire la fête et se rencontrer. Cuisinière et musicienne donc… à moins que ce ne soit l’inverse. Peu importe. Erika n’aime pas les étiquettes. L’essentiel pour elle est d’accueillir, de nourrir, de prendre soin. En attendant de trouver un lieu pour la saison, elle cuisine à domicile et prépare sa marque de conserves de sauces végétariennes « Une Italienne chez toi ».
Pour répondre à notre interview, Erika Blu nous a reçu chez elle, dans sa merveilleuse cabane vue mer. Un milliards de questions plus tard (dont voici le compte rendu fidèle !), elle nous a fait l’immense plaisir de jouer Ancora Tu de Lucio Battisti à la guitare. Du bonheur, pur ! 

C’est l’interview What’s Cooking? d’Erika Blu

Erika Blu interprète Ancora Tu de Luci Battisti. Avril 2021. ©Clara Sfadj pour Les Marseillaises

Quand as-tu commencé à t’intéresser à la cuisine ? 

Je viens de Rome. Mais j’ai passé mon enfance à Venise – la ville natale de ma mère. Mon père est des Pouilles. En Italie, tout le monde cuisine. Surtout les grands-mères. Et moi, j’ai grandi avec la mienne mais je n’avais pas le droit de toucher ou de regarder dans la casserole. Je passais beaucoup de temps à l’observer. La cuisine était la pièce à vivre de la maison – il y avait la télé, un canapé, la table où je faisais mes devoirs… Toujours baignée dans les odeurs des plats qui mijotaient. J’aimais voir ma mère et ma grand-mère s’affairer, j’aimais leur capacité d’abstraction et leur intention de faire. Ça a été mon moteur dès l’enfance. Je me rappelle, je faisais des boulettes, des pommes de terre pour faire plaisir à ma mère qui travaillait et qui devait cuisiner en rentrant le soir. Je lui préparais le petit déjeuner… 

 

Portrait des parents de Erika Blu, chez elle, 2021. ©Clara Sfadj pour Les Marseillaises.

Comment ça se passe quand tu es derrière les fourneaux ? 

Pour moi, la cuisine ce sont les odeurs. Je ne goûte jamais quand je prépare un plat : je sens. Personne ne m’a appris à faire une sauce. La sauce de ma mère par exemple, c’est la sauce de ma mère. Je n’ai réussi à faire la même, à retrouver son odeur, qu’une fois ou deux seulement. Elle ne peut pas te dire ce qu’elle fait exactement. Ma grand-mère, c’est pareil. C’est de la cuisine instinctive, comme la mienne.

 

La cuisine d’Erika Blu. © Caroline Bartoli

Quelles sont tes influences ?

J’aime les recettes pauvres italiennes et la façon de cuisiner des trattoria. Je connais les recettes du Nord et du Sud par mes origines. Mais il y a vraiment des recettes en Italie qui se transmettent par les grand-mères et qui n’existent pas dans les livres. Par exemple, il y a un plat des Pouilles qui ne porte même pas de nom. C’est un plat pauvre avec des légumes. Parce que dans toutes les maisons, même les plus pauvres, tu trouves des légumes.
C’est une recette avec des haricots verts, de la sauce tomates, des oeufs… Je cherche à revisiter ces plats-là. Ce n’est pas gourmet. Je peux aussi ajouter une touche de cuisine japonaise que j’aime beaucoup.
Tu vois, cet été, je voulais créer une recette qui évoque le souvenir d’enfance. Il me restait du pain et je ne jette jamais le pain. Alors, j’ai eu l’idée de faire une minestra di pane. J’ai mis le pain avec un bouillon de légumes, je l’ai mixé avec des herbes d’ici, du parmesan et un œuf que j’ai ajouté à la fin. Et ça a marché ! C’était le goût de l’enfance. Pour moi, mais aussi pour les gens qui l’ont goûté. Ça leur rappelait la cuisine de leurs grand-mères. Ça m’a vraiment émue parce que c’était mon intention.

 

Portrait de Serge Gainsbourg chez Erika Blu, Marseille 2021. © Clara Sfadj pour Les Marseillaises.

Que faisais-tu avant de venir t’installer à Marseille ? 

Je fais de la musique depuis que je suis petite. J’ai étudié le piano et la guitare au conservatoire. Très jeune, je suis partie à Milan après avoir rencontré un producteur. J’avais toujours rêvé de vivre à Paris, j’écrivais des textes en langue française et ce moment est arrivé avec la signature d’un contrat avec une maison de disque parisienne. Mais à la fin, ça s’est mal passé, et ça m’a amené à me questionner sur ce que je faisais et de quoi j’avais vraiment envie : comment construire ma vie en accord avec qui je suis ? Après une petite retraite dans mon appartement de Montmartre, j’ai préféré m’éloigner de l’industrie musicale. J’ai compris qu’une de mes qualités la plus vraie, sans contamination et sans ego, était d’accueillir les gens et la cuisine sert à ça. 
Cuisiner m’a toujours rendue heureuse et je me suis demandée comment faire pour me réaliser dans cette voie. J’ai commencé à faire de la pasta, à amener mes plats partout autour de moi dans mon quartier, dans des galeries, je parlais à tout le monde. J’ai eu rapidement beaucoup de demandes et je suis devenue cheffe au Père Populaire pendant 1 an et demi. Ensuite, j’ai créé un concept Une italienne chez toi, des prestations uniques pour Chanel, the Row, Céline, Delfina Delettrez… Galerie Perrotin. 

 

Chez Erika Blu, Marseille 2021. © Clara Sfadj pour Les Marseillaises.

Pourquoi es-tu venue à Marseille ? 

J’ai toujours suivi mes envies. J’avais besoin de soleil et je voulais une vie vue mer ! Je sentais que je devais venir à Marseille. Je le sentais, point. La vie vue mer c’est de recommencer depuis le chemin de la mer. Me retrouver seule, avec mes envies, pour tout avoir. Mettre la musique à fond, cuisiner… Je suis arrivée ici en septembre 2019. J’ai continué à faire des aller-retours à Paris pour travailler avant de revenir vraiment en mars, juste avant le confinement. J’avais rencontré Charlotte Brunet à la Villa Noailles et c’est comme ça que j’ai fait la résidence chez Jogging. C’était vraiment cool, ça me rappelait l’Italie. Mon assistante Téa aussi était italienne. Depuis, j’ai du monde qui m’appelle pour des prestations et un lieu de vie s’annonce pour la saison. Pourquoi pas sur la mer, pour recevoir les gens autour de grandes tables conviviales.

 

La table du repas, chez Erika Blu. Avril 2021 © Virginie d’Humières

Sur quoi es-tu intransigeante dans la cuisine italienne ? 

Je suis catégorique avec la sauce tomate. Je suis même un peu hystérique.

 

Qu’est-ce qui te rend folle exactement ? 

La tomate. C’est le choix de la tomate. Je n’aime pas ajouter du sucre mais parfois ici tu es obligée parce que les tomates sont acides. L’été, j’adore utiliser les tomates cerises mais  elles ne sont jamais comme en Italie. Les ingrédients, ça reste le plus important dans la cuisine italienne. À Marseille, j’ai pas mal de dealers pour trouver des tomates comme je veux mais même en Italie, il n’y a qu’une seule région où j’adore vraiment les tomates, c’est la Toscane.

 

Comment tu prépares ta sauce ? 

En septembre, tu prépares les conserves que tu utilises toute l’année. Pour la base, je mets de l’oignon et de l’huile d’olive (bien sûr !), pas d’herbe. J’utilise beaucoup de concentré de tomate. Pas besoin de faire cuire la sauce trop longtemps. Pour moi, le vrai test pour savoir comment quelqu’un cuisine, c’est la pasta al pomodoro. C’est si difficile de manger une bonne sauce tomate…

 

Pâtes maison par Erika Blu, 2021 © Erika Blu

Comment tu envisages la cuisine ? 

Quand tu reçois des gens, tu te préoccupes de leur bonheur. Je suis sensible et j’ai de l’empathie. J’aime créer une ambiance, interagir avec les personnes. L’assiette est une excuse. Le plaisir, c’est de faire à manger, d’être ensemble et de voir ce qui peut nous arriver. J’aime l’arte drammatica del teatro à l’italienne ! Il faut être prêt à tout. Parce que le plus important, c’est l’attitude que tu as pendant que tu fais les choses. Je ne peux pas dire que je suis cheffe, ou cuisinière. La cuisine, pour moi, c’est un lifestyle. L’année dernière, sur une idée folle, j’ai créé une lasagne géante pour l’épicerie l’idéal et on a fait ensemble la procession de la lasagne à Arles. Ma passion, c’est d’imaginer des événements qui commencent avec une expérience visuelle pour arriver autour de la cuisine. Et nourrir les gens, comme une mère, sans rien attendre en retour.

 

Chez Erika Blu, Marseille 2021. © Virginie d’Humières

Tu vas bientôt sortir ta marque de conserves de sauces végétariennes «Une Italienne chez toi », ça se passe comment ? 

Je travaille avec un producteur à Venise. J’ai perfectionné mes recettes de sauces sans conservateur et sans colorant. Pendant le confinement, j’ai travaillé sur mon site, sur la distribution. Il y aura 7 recettes inédites inspirées de ce que j’aime préparer. Comme par exemple, les pâtes aux figues. Un plat que je fais l’été avec du chou kale, de l’ail, du parmesan ou du pecorino. L’idée est de proposer autre chose que les sauces classiques que l’on trouve partout. Ce sera prêt en octobre.

 

Chez Erika Blu, Marseille 2021. ©Clara Sfadj pour Les Marseillaises

De quoi as-tu envie là tout de suite ? 

D’aller en vacances ! En Sicile. Quand tu vis dans un endroit comme Marseille, on pourrait penser que c’est les vacances toute l’année mais, pour moi, les vacances c’est l’évasion, pas le quotidien. Plus que tout, en ce moment, nous avons besoin de poésie, de légèreté et de beauté.

 

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