BD37EBCF-DC73-47A8-BEF5-7A3D5FC3C57B

Combien de fois, alléché par l’odeur des pizzas après un dernier bain à Malmousque, a-t-on atterri au bar de La Grande terrasse sans en connaître l’histoire ? Celle de son nom qui intrigue et dont l’explication remonte aux années 40 ; et celle qui nous amène dans les années 80, époque à laquelle Philippe, tout juste trentenaire, décide de reprendre le bar de Milou dans lequel on se retrouvait avant de sortir au Roll’s ou au London Club. Ce même bar qui a vu Clara Morgane grandir, ou Chris Waddle devenir accro au jeu de foot en arcade.

Aujourd’hui, après 32 ans de service, à vivre au rythme des fêtes et des rencontres, on pourrait penser que ce bon vivant et patron de bar aguerri caresse le rêve d’une retraite bien méritée. Mais voilà, Philippe a encore et toujours la moelle. Comme il le dit : « tant qu’on a la moelle, on reste à son poste. On est des ouvriers, et il faut avoir du caractère.». Du caractère, certes. Mais aussi le sens de l’hospitalité. Cette hospitalité qui attire ses mêmes amis depuis 30 ans, et le pousse à organiser des karaoké endiablés les soirs d’hiver et à discuter avec ses clients les soirs d’été. 

Et c’est comme ça que, sur fond d’Abba et de pizza Anchois-Royale, nous avons fait la connaissance du patron.

« Le patron » c’est le surnom du personnage que Philippe a joué au cinéma il y a quelques années. Patron de boîte de nuit dans le film « En ground and pound » de Sabrina Nouchi et Milo Chiarini. Un rôle qui lui va comme un gant quand on écoute le récit de ses débuts à La Grande Terrasse.

L’histoire commence, pour ce qu’on en sait, il y a 80 ans. Le bar n’était qu’une salle à ciel ouvert ombragée par un grand platane central (cf. le nom du bar : La grande terrasse). Puis vint le temps de Milou.

Le platane est remplacé par quatre colonnes recouvertes de miroirs et un toit apparait au-dessus du comptoir en zinc. Le bar de la grande terrasse – qui n’a jamais changé de nom, avec ou sans terrasse – deviendra le point de ralliement des fêtards en chemin vers les nombreuses boîtes de nuit qui longent la Corniche Kennedy, du très select Kennedy’s (rebaptisé ensuite le Roll’s) au plus populaire London Club, en passant par l’Annabelle’s ou la Mandigote. Des années dorées que Philippe nous raconte avec nostalgie. La journée, il travaille à La Poste et la nuit, il retrouve sa bande d’amis chez Milou. À l’époque, la ville compte une trentaine d’établissements où faire la fête. Le disco et le funk viennent tout juste d’arriver jusqu’aux oreilles des Français grâce à l’explosion des radios libres. On roule sans casque, sapé comme il faut pour avoir une chance de plaire au videur, et une fois le sas franchi, on commande bouteille sur bouteille jusqu’au bout de la nuit : Marseille fait la fête, à fond. 

C’est dans ce contexte, si spécifique aux années 80, que Philippe décide de reprendre le bar de la Grande terrasse. Il a 30 ans. Aidé par son père, il saisit l’occasion au vol en embarquant son frère dans l’aventure. Ils ouvrent tous les soirs, poursuivent leurs nuits dans les boîtes alentours et rentrent se coucher aux aurores dans la seule autre pièce du bar : une petite chambre en arrière salle. 

Plus tard, ils agrandiront le bar, remplaceront les places de parking par une terrasse et se mettront à la cuisine. Leur plus jeune frère les rejoindra. Et la profusion de lieux de nuit à Marseille se tassera. 

Mais le bar de la Grande terrasse continuera sa vie, avec les habitués du quartier, les anciens noctambules, les baigneurs de Malmousque, les touristes.


La carte et simple, efficace. Les pizzas sont bonnes, particulièrement l’Anchois-Royale avec sa mozzarella qui adoucit le goût salé de l’anchois. La musique tourne en continu sauf les soirs de match, bien sûr. Et s’il faut attendre l’hiver pour la reprise des soirées Karaoké, on aime écouter les histoires de Philippe dans ce lieu à la croisée des genres, dont on connait désormais les débuts. 

Crédit photo : Aline Chemla


Bar de La grande terrasse
108 Corniche Kennedy 13007 Marseille